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à l'association

humanitaire

 

Solidarité Enfants de Beslan


 


Beslan, 02 septembre 2004

 

 

AVERTISSEMENT

 

le contenu de l'enquête qui suit comporte des photographies extrêmement violentes et perturbantes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties.

 

Nous déconseillons fortement le visionnage de cette enquête en présence d'enfants ou de personnes sensibles.

 

 

 

 

Le 02 septembre, à 7h00 du matin, Lev DZUGAYEV, porte-parole du Président de l'Ossétie du Nord, tient une conférence de presse avec des journalistes et des résidents locaux, à côté des bâtiments assiégés.

 

 

Au cours de cette conférence, il déclare ce qui suit :

 

 

"Nous continuons à contacter les parents des personnes prises en otages. Je tiens à souligner, encore une fois, que les otages se portent bien, ce qui est très important dans cette situation. À la suite de travaux que nous avons menés, les listes des personnes susceptibles d'être retenues dans l'école, ont été clarifiées. A cette heure, il y a 354 personnes sur ces listes".

 

Lev DZUGAYEV, le matin du 02 septembre 2004

Par la suite, cette conférence de presse sera à l'origine d'un «mythe populaire» selon lequel, les autorités aurait tenté de minimiser la crise en sous évaluant intentionnellement le nombre de personnes prises en otages.

 

Si l'on prête attention à ses propos, Lev DZUGAYEV ne parle que de la liste des noms d'otages qui a été clarifiée, c'est à dire, purgée des noms qui sont incorrects ou qui apparaissent plusieurs fois dans celle-ci : il faut se souvenir que les premières listes qui ont été apportées au « Quartier Général » contenaient plus de 3000 noms.

 

L'information concernant les listes qui ont été compilées et clarifiées, est donnée le 1er septembre.

 

Au matin du 02 Septembre, le « Quartier Général » confirme l'identité de 354 personnes parmi celles qui ont été prises en otages. Ce chiffre ne comprend pas les noms de ceux dont la présence dans le gymnase n'a pu être avérée par le «Quartier Général». En d'autres termes, le « Quartier Général » ne connait que 354 noms, et non pas le nombre total des noms.

 

Les journalistes, désireux de diffuser des «nouvelles à sensation» se précipitent sur leurs caméras et micros. Les journalistes de "RIA-NEWS" sont les premiers à faire de l'information au public. Mais au lieu de traduire correctement, «mot à mot» les propos de Lev DZUGAYEV, les journalistes de "RIA-NEWS", les interprètent à leurs manières en disant :

 

 

 

"Il y a 354 personnes qui sont retenues en otage"

 

 

 

"RIA" est une très grande agence d'information, réputée comme «crédible». L'information est relayée par de nombreuses chaînes de télévision, y compris à l'étranger. Certains médias, qui ont fait leur propre travail d'investigation ont, de façon surprenante, tout compris correctement.

 

Par exemple, NTV a donné la bonne information :

 

 

 

..."354" n'est pas le nombre final"...

 

 

 

Mais ces «informations exactes», concernant les 354 noms d'otages «vérifiés et avérés», étaient trop peu nombreuses pour être entendues dans cette atmosphère d'hystérie générale.

 

 

De toute évidence, le message de Lev DZUGAYEV a été mal compris et il  provoque littéralement une explosion de la population et conduit presque à des émeutes.

 

Les gens viennent avec de grandes pancartes disant qu'il y a plus de 800 otages à l'intérieur.

Pendant ce temps, les terroristes surveillent constamment la télévision et la radio et utilisent cette information à leur avantage : étant d'excellents psychologues, ils commencent à ajouter une pression supplémentaire sur les otages en leur disant que personne ne se préoccupent d'eux à l’extérieur et les menacent de les exécuter afin de réduire leurs quantités au nombre annoncé par Lev DZUGAYEV, soit 354 otages...

 

Au même moment, ils déclarent aux otages que, désormais, ils vont devoir faire la "grève de la faim et de la soif" afin de soutenir leur cause.

 

 

Ils leur disent, alors :

Beaucoup l'ont fait...

 

 

 

Bientôt, l'urine est devenue un «bien» très précieux. Une femme qui utilise son urine pour essuyer le visage de son fils inconscient est décriée par ses voisins qui lui reprochent de « gaspiller ».

 

Il est nécessaire de noter que, plus tard, certaines personnes (pas des otages) ont affirmé que les terroristes avaient arrêté de donner de l'eau parce qu'ils avaient entendu l'annonce du nombre des "354 otages". C'est une information incorrecte, qui a été réfutée par de nombreux otages et même par Shamil BASSAIEV lui-même, déclarant que :

 

 

 

"les otages avaient entamé une grève de la faim

pour soutenir les revendications des moudjahidines"...

 

 

 

Refuser de donner de l'eau fait partie de la stratégie dite de "Blitzkrieg" employée par les terroristes pour priver le "Quartier Général" du temps qui lui est nécéssaire pour contrecarrer leurs plans et leurs revendications ; les terroristes savent pertinemment que leur exigences sont irréalisables.

 

Une voiture en feu, stationnée dans la rue KOMINTERNA.

Les terroristes continuent de tirer occasionnellement autour des bâtiments de l'école... Un grenade pénètre dans une des classes et détruit une cloison.

 

Le mur qui séparait les deux salles de classe est détruit.
Immédiatement, un habitant local se positionne avec son fusil à lunette.

Après la prise d'otages, l'école sera complètement rasée et reconstruite, sauf le gymnase qui deviendra un Mémorial . On donnera à cette nouvelle école le nom d' "Ecole Ivan KANIDI" en hommage à ce professeur de physique tué le 03 septembre 2004.

 

Trois chars d'assaut T-72 arrivent à Beslan. Ils sont positionnés aux deux extrémités de la rue KOMINTERNA qui passe devant l'école.

Arrivée des chars d'assaut.
Le char d'assaut n°320 positionné à l'autre extrémité de la rue. Il restera stationné à cette place jusqu'à la fin de la prise d'otages.
Les deux chars d'assaut, n°325 et n°328, positionnés à côté du passage à niveau, resteront là jusqu'au 03 septembre.

Les points rouges représentent les positions des trois chars d'assaut, le 02 septembre. Les chiffres (320/325/328) sont les immatriculations des chars d'assaut. En jaune, le périmètre des bâtiments de l'école. (Cliquer sur l'image pour agrandir)

 

À la suite de négociations avec les terroristes, un accord est conclu : Ruslan AUSHEV, l'ancien président de l'Ingouchie et qui est une personne très respectée dans le Caucase du Nord, est autorisé à rentrer dans l'école pour parler aux terroristes.

 

            Ruslan AUSHEV                                                      Sergueï CHOÏGOU

 

Ce sont les officiers supérieurs du FSB qui ont demandé à Ruslan AUSHEV de venir à Beslan ainsi qu'à Sergueï CHOÏGOU qui est à la tête du Ministère des Situations d'Urgence.

 

Ruslan AUSHEV arrive le 02 septembre dans la matinée.

 

Vers 16h00, il part en direction de l'école. Les terroristes lui ont spécifié le parcours qu'il doit pendre : il doit marcher le long de la voie ferrée, jusqu'au devant des fenêtres de l'école puis rentrer par la porte d'entrée principale.

 

De cette façon, les terroristes contrôlent chaque étape de son parcours et s'assurent ainsi qu'il n'y a pas un "groupe d'intervention" caché derrière lui.

 

Le tracé exact du parcours pris par Ruslan AUSHEV

 

Quatre photographies prises durant le parcours que Ruslan AUSHEV doit prendre pour atteindre l'entrée de l'école assiégée :

 

Ruslan AUSHEV se positionne devant l'entrée principale de l'école.

Les terroristes emmènent Ruslan AUSHEV à l'étage et lui transmettent une note manuscrite, dont voici la retranscription :

 

Ruslan AUSHEV et "POLKOVNIK" assis dans la salle des professeurs. À gauche de "POLKOVNIK", on aperçoit le fusil-sniper VSK-94 appuyé sur le canapé. ( Image extraite de la vidéo prise par les terroristes )
La directrice de l'école, Lidiya TSALIYEVAT arrive dans la salle des professeurs et serre la main à Ruslan AUSHEV. POLKOVNIK se tient debout devant le canapé. ( Image extraite de la vidéo prise par les terroristes )

Lydia TSALIYEVAT dit à Ruslan AUSHEV qu'il y a 1200 otages, chiffre rectifié de suite par "POLKOVNIK" qui en annonce "1020". Elle dit aussi à Ruslan AUSHEV que les terroristes traitent les otages correctement... Avec une arme pointée sur votre tête et sachant que la vie de plus de 1000 personnes dépend de ce que vous direz, vous n'avez pas beaucoup le choix pour voux exprimer librement...

 

La directrice de l'école, Lidiya TSALIYEVAT

Ensuite, Ruslan AUSHEV est emmené au gymnase où il verra les otages. Mais avant d'arriver, les terroristes lui demandent de revêtir une "robe noire", apparement parcequ'ils craignent qu'il ne porte une caméra cachée sur lui. Puis ils l'emmènent à l'étage dans la salle de classe où les hommes otages ont été exécutés.

 

Ruslan AUSHEV passe la tête par la fenêtre... ( Image extraite de la vidéo prise par les terroristes )
Voici ce qu'il voit en bas... ( Image extraite de la vidéo prise par les terroristes )

Tout a été filmé avec la caméra-vidéo. Curieusement, cette vidéo apparait, comme par magie, en janvier 2005 sur CBS, une chaîne de télévision américaine. On ne peut que deviner comment elle y est arrivée...

 

La chaine TV affirme qu'elle a été trouvée par des enfants locaux, dans les décombres de l'école. Très amusant...

 

Ruslan AUSHEV demande la libération des otages les plus jeunes, c'est à dire, les nourrissons et les enfants en bas âge. "POLKOVNIK" est d'accord.

 

Bien que cela peut être considéré comme une victoire pour Ruslan AUSHEV, en tant que négociateur, la vraie raison pour laquelle "POLKOVNIK" laisse les enfants partir, est qu'il ne peut pas les maitriser...

 

Car, contrairement à des enfants plus âgés qui savent ce qu'est un fusil pour en avoir peur, les "tout-petits" ne se soucient pas des menaces et ne font que crier un peu plus. Privés de nourriture et d'eau, ils sont constamment entrain de pleurer à rendre tout le monde fou, y compris les terroristes.

 

26 personnes (11 femmes et 15 enfants selon Ruslan AUSHEV) sont libérés ce jour-là.

 

Libération des otages : des femmes sortent, incrédules, en remerciant les terroristes. ( Image extraite de la vidéo prise par les terroristes )
Une femme, Fatima TSKAEVA, confie sa plus jeune fille, ALENA, à un terroriste qui l'a remet ensuite à Ruslan AUSHEV. À l'époque, ALENA est âgée de 6 mois. ( Image extraite de la vidéo prise par les terroristes )

Fatima TSKAEVA, la mère d'ALENA, reste prisonnière avec son autre fille, Kristina.

 

Toutes les deux mourront le lendemain dans les explosions...

ALENA est emportée à l'abri par l'agent de police locale, Elbrus GOGICHAEV
À gauche : la même scène prise sous un angle différent. Cette photographie est devenue, par la suite, extrêmement célèbre. À droite, ALENA, 6 ans après.
Les "tout-petits" libérés...
...

La tension est de plus en plus forte en ville. Des hommes, habitants locaux, armés de fusils datant du "siècle dernier" et de RPK Kalashnikov, partent à pied faire le tour de la ville, menaçant de tirer sur les soldats si ces derniers prennent d'assaut le bâtiment.

 

Une foule de journalistes est agglutinée à la «Chambre locale de la culture» qui, traditionnellement, est un lieu de représentation pour différents spectacles : elle est devenue, pour les circonstances, l'emplacement du « Quartier Général » des opérations.

 

La situation ne semble pas être contrôlée par les autorités. Pousser les habitants à rentrer à la maison est impossible. Pas maintenant... Pas dans ce territoire de la Russie... Pas avec les forces de l'ordre présentes...

 

 

 

Les terroristes mentionnent Aslan MASKHADOV comme étant la personne la plus apte à négocier le retrait des troupes russes de Tchétchénie.

 

À l'époque, Aslan MASKHADOV, président de la République tchétchène d'Itchkérie, se cache. Les tentatives pour le contacter sont faites par le biais d'«intermédiaires».

 

Alexandre DZASOKHOV et Ruslan AUSHEV font appel à Akhmed ZAKAÏEV, qui est le «bras droit» de Aslan MASKHADOV. Akhmed ZAKAÏEV a obtenu l'asile politique à Londres.

 

Une fois contacté, il prétend n'avoir de communication qu'à "sens unique" avec Aslan MASKHADOV, mais promet de lui transmettre le message.

 

         Aslan MASKHADOV                                            Akhmed ZAKAÏEV

On saura plus tard, que le FSB (Service Fédéral de Sécurité de la Fédération de Russie) a intercepté une conversation téléphonique entre Akhmed ZAKAÏEV avec un homme prénommé «Bilal». Au cours de la conversation Akhmed ZAKAÏEV déclare :

 

 

 

 

 

 

"Le Père" était le nom de code désignant Aslan MASKHADOV.

 

 

En attendant, Akhmed ZAKAIEV commence à envoyer des communiqués de presse aux médias européens en prétendant qu'Aslan MASKHADOV n'est pas responsable de cette prise d'otages, que tout est de la faute du Kremlin, qu'Aslan MASKHADOV est prêt à apporter son aide et qu'Akhmed ZAKAIEV lui-même, est prêt à se déplacer à Beslan.

 

Plus tard, l'Histoire va être transformée, pour ne pas dire "ré-écrite", donnant naissance à une "légende » et ceci, avec l'aide de journalistes...

 

 

 

La «légende» raconte que :

 

Aslan MASKHADOV aurait fait part au «Quartier Général» de son intention de venir à Beslan. La date et les conditions de son arrivée auraient alors été réglées. En tant que leader très respecté parmi les séparatistes tchétchènes, Aslan MASKHADOV est considéré comme «l'homme de la situation» pour négocier la liberté des otages. Mais le «Quartier Général» ordonne délibérément de prendre d'assaut le bâtiment pour qu'Aslan MASKHADOV n'ait pas le temps d'arriver à Beslan pour réussir à libérer les otages, car cette éventuelle « fin heureuse » serait par la suite, considérée comme un échec, une mise à genoux, un fiasco politique pour Vladimir POUTINE...

 

 

C'est l'un des mythes les plus ridicules liés à la prise d'otages de Beslan, mais, néanmoins, celui-ci est resté célèbre.

 

 

 

Des femmes-otages libérées sont interviewées à leur sortie, par des journalistes et expliquent...

 

 

 

 

Pourtant, les journaux n'attendrons que le lendemain pour donner cette information...

 

 

 

Pour vendre du papier et faire de l'argent, il est préférable de "distiller" les informations au fur et à mesure avec un slogan accrocheur tel que "EXCLUSIF" le "SCOOP DU JOUR", plutôt que d'informer la population en temps et en heure...

 

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